CHOIX DE L’ÉDITION INDÉPENDANTE


Vos livres ont été publiés chez Véritas Québec. Pourquoi avoir choisi une maison d’édition indépendante plutôt qu’une maison agréée (subventionnée) ?

Il y a deux composantes à ma réponse : 

La première est reliée au fait que la collection comprend six tomes. Quand j’ai reçu les premières réponses positives, on m’a clairement dit qu’on « essayerait » avec le premier tome. En passant par une maison d’édition agréée, je devais céder mes droits d’auteur à la signature du contrat, pour quelques années dans certains cas, parfois à vie. Je voulais que la collection complète soit éditée, et non pas uniquement le tome 1. Je me voyais mal me présenter à une deuxième maison, l’année suivante, pour le deuxième tome en disant « je suis désolée, mais une autre maison a les droits sur le premier roman… » Cette obligation de renoncer à mes droits d’auteur me laissait perplexe. J’ai refusé ces offres. 

La deuxième préoccupation est attachée au fait que je ne viens pas du milieu littéraire. J’avais besoin d’aide pour amener le livre là où je le voyais avant sa publication. J’ai trouvé le coaching dont j’avais besoin chez les éditeurs indépendants. Marie Brassard est mon coach en écriture autant que l’éditrice de mes livres de la collection Le Pays de la Terre perdue. 

Vous avez souvent dit et écrit sur l’importance de conserver vos droits d’auteurs. Pouvez-vous en dire plus ? 

J’apprécie beaucoup l’indépendance que je conserve sur l’utilisation de mes droits d’auteurs. Les maisons d’édition agréées en prennent le contrôle, y compris ceux associés à la cinématographie et les produits dérivés. Selon eux, le fait d’assumer tous les coûts de la publication, avec les subventions bien sûr, leur donne le droit à cette exigence. Je trouve cette façon de faire abusive. Dans le monde de l’édition indépendante, l’auteur est un entrepreneur, un partenaire d’affaires de la maison d’édition et un bailleur de fonds  En contrepartie, l’artiste garde tous les droits sur son œuvre et reçoit une compensation pécuniaire à la hauteur de sa participation au financement. (Beaucoup plus que le 10 % des prix de vente.)

Est-ce que cette importance est différente pour une série comme le Pays de la Terre perdue ? N’aurait-il pas été a antageux qu’une maison agréée publie votre œuvre, question d’investissement ? 

 Imaginé qu’une maison agréée accepte de publier le premier tome et, par le fait même, s’en approprie les droits d’auteur. Imaginé aussi que le livre prenne un peu plus de temps pour trouver un nombre suffisant de lecteurs pour rentabiliser la publication. La maison agréée pourrait décider de ne pas publier les autres. Qu’est-ce que j’aurais fait avec les autres qui sont déjà écrits ? Aucune maison d’édition agréée n’accepterait de publier les autres tomes sans posséder les droits sur le premier. En conservant mes droits d’auteurs, je garde mon indépendance et je peux me présenter ailleurs avec tous mes livres. Quant à l’investissement, il suffit de faire une bonne mise de fonds pour le premier. Par la suite, les revenus du premier aident dans le financement du deuxième, ainsi de suite.

Est-ce que vous refuseriez de faire publier un livre par une maison agréée ? 

Pas du tout. La maison d’édition agréée « Les Messagers des étoiles » a publié en mai 2013 le collectif « Un bouquet de roses » qui contient l’un de mes textes. Je pense qu’il faut choisir le modèle qui nous convient. Je dois aussi ajouter que les formules offertes par les maisons agréées et indépendantes sont fort nombreuses. Il faut trouver le modèle qui convient à notre livre, à nos moyens financiers et à nos goûts. 

Il faut être vigilant en s’assurant que les valeurs de la maison correspondent aux autres. La médiocrité n’est pas la panacée d’un modèle en particulier tout comme les arnaqueurs ne sont pas tous du même modèle. Demander à parler à des auteurs de la maison peut vous aider à décider. 

En ce qui me concerne, j’ai trouvé ce dont j’avais besoin dans le monde de l’édition indépendante. 

Quand on vous rencontre dans les Salons du livre, on a l’impression que vous avez un plaisir fou à raconter votre histoire et à présenter vos livres. 

Oui, c’est certain que j’aime parler de mon métier et les visiteurs me le rendent bien. Mes contacts avec les lecteurs m’énergisent, qu’ils achètent ou pas mes livres. Les discussions sur tous les sujets abordés me stimulent et me provoquent, ce qui se traduit la plupart du temps dans mes écrits. 

Je profite aussi de cette camaraderie que je retrouve dans les évènements littéraires avec les autres auteurs et les éditeurs du monde du livre. Cette collégialité me stimule énormément et brise cette solitude que l’auteur vit continuellement quand il écrit. 


Pour les auteurs qui commencent, avez-vous des conseils en particulier. 

Soyez sûr de vous. Parce qu’on ne cesse pas de crier sur tous les toits qu’il est très très très difficile de faire éditer ses livres, plusieurs auteurs se contentent de la première offre en acceptant des contrats minables. Ils le regrettent douloureusement. 

Rappelez-vous que vous avez travaillé fort pour vous rendre à la phase de l’édition. Des milliers d’heures d’écriture. En solitaire. Ça vaut la peine de vous tenir debout et d’exiger d’être traité correctement. D’égal à égal. 

Soyez patient. N’acceptez pas quelque chose de minable. Si un éditeur est intéressé, d’autres le seront. Ne lâchez pas. 

Rappelez-vous que si les auteurs cessent d’écrire, l’éditeur ne peut publier. L’auteur fait partie, en parts égales, de la chaîne du livre. Autant que l’éditeur. Autant que le libraire. Commander le respect. 

 Si vous avez une autre question sur l’auteure ou son œuvre, n’hésitez pas à utiliser la page «me contacter » pour la poser.



                                                                                                                                                       Dernière modification :  3 avril 2017

© Suzie Pelletier 2012